Chronique
Et si tout finissait comme ça a commencé ?

Cette année est une année spéciale : nous vous offrons le dernier spectacle de la Chrysalide, mais il n’y aura ni pleurs, ni fleurs, ni couronnes… au contraire ! ce que nous avons voulu, c’est un baroud d’honneur, un feu d’artifice, des cavalcades, des portes qui claquent, des gifles, des crises d’hystérie, des rires comme s’il en pleuvait…
Nous avons décidé de boucler la boucle puisque nous avons choisi de reprendre une pièce que nous avions déjà donnée il y a dix ans au début de notre association, Bruno et moi-même, La Puce à l’oreille de Georges Feydeau. Reprendre un texte que nous avions déjà travaillé a été une entreprise passionnante, enrichie de notre travail et de tout ce que nous avons partagé, les acteurs et nous-mêmes pendant les dix ans de notre aventure théâtrale.
Et quel texte ! Même si certains critiques continuent à bouder ce théâtre dit « populaire » (comme si « populaire » était un gros mot… !), nous ne l’aurons jamais autant apprécié que cette année : l’ inventivité, l’enchaînement parfaitement rythmé des mésaventures de ses personnages, l’ingéniosité de ses quiproquos, de ses interruptions répétitives, la fantaisie débridée à laquelle il donne libre cours, tout cela fait incontestablement de Feydeau un auteur dramatique digne de figurer au Panthéon des plus grands et on regrette qu’il ait souffert toute sa vie de ne pas avoir gagné l’estime des « intellectuels ». Tant pis pour eux… !
Et puis il y a autre chose : la guerre des sexes, l’éternelle guerre des sexes. « Il n’y a rien de menteur comme un homme… si ce n’est une femme » fait-il dire à Raymonde, l’un de ses personnages. Thème intemporel des relations conjugales (et extra-conjugales), toujours d’actualité et qu’il traite avec une subtile lucidité parfois empreinte de cruauté et dans lequel nous ne pouvons pas ne pas nous reconnaître.
L’intrigue ? une femme de la bonne société, confrontée aux « pannes conjugales » de plus en plus répétées de son pauvre Chandebise de mari se persuade que celui-ci la trompe et décide de le piéger en lui faisant écrire une lettre qui lui donne rendez-vous dans un hôtel pas très catholique et... Nous ne vous en dirons pas plus : la machine est lancée, tous vont se retrouver dans un engrenage diabolique qui va les laisser pantelants à la fin de l’Acte II. Ensuite… eh bien ensuite, il faudra recoller les morceaux et sortir du piège.
C'est avec une grande joie que nous avons servi ce texte et nous espérons la partager avec vous !
Anaële COLLIN - 11 mai 2008